Detachment

  Ca y est, je me lance ! Cela fait déjà quelques mois que j'ai visionné ce film et en faire une critique me trottait dans la tête depuis pas mal de temps également. Tout d'abord, je tiens à vous présenter mes excuses car cette critique va être écrite de façon très personnelle : je ne l'écris pas pour le plaisir d'encenser ou d'imposer mon point de vue sur cette oeuvre mais pour faire acte de catharsis. En effet, ce film m'a plongé (encore une fois c'est personnel), dans l'abîme du désespoir illusoire. Je vais tâcher de vous expliquer cela.

 

  Detachment, réalisé et écrit par Tony Kaye, à qui l'on doit l'excellentissime American History X traitant le sujet du racisme poussé à l'absolu, au néo-nazime d'une communauté blanche à Los Angeles et ses conséquences sur la vie de deux frères dont l'un est passé par la case prison pour homicide à caractère raciste, est l'histoire d'un professeur remplaçant, incarné par Adrien Brody (Le Pianiste) débarquant dans un lycée difficile. Il va donc y avoir une espèce d'analyse du système éducatif américain et ce, à l'aide de plusieurs évènements tous plus dépressifs les uns que les autres.

 

  Car si j'utilise l'expression "espèce d'analyse", c'est pour insister sur le fait que dans une analyse, quelle qu'elle soit, et j'espère ne pas me tromper sur ce point, on essaye de nuancer nos propos à l'aide d'exemples et de faits, sans tomber dans la caricature étouffante et manichéenne empêchant tout dialogue tant la réflexion serait absurde. Cela ne reste que mon avis. Tiens  ai-je mentionné le mot "absurde" ? Cela tombe bien car en guise d'introduction, après quelques témoignages sur noir et blanc de professeurs tous plus blasés et déconcertés les uns les autres par leur métier, Tony Kaye nous balance une citation de Camus, maître de la philosophie de l'absurde, que voici : 


"JAMAIS JE N’AI SENTI, SI AVANT, À LA FOIS MON DÉTACHEMENT DE MOI-MÊME ET MA PRÉSENCE AU MONDE".


  Digne de Meursault, cette citation nous donne le ton et explique au moins le titre du film. Car le professeur, de son nom Henry Barthes nous rappelle étrangement Meursault, étranger au monde qui l'entoure. 



  Pour ce qui est de l'analyse du système éducatif américain, le film nous dépeint d'une violence inutile le désarroi des professeurs face à la désinvolture des élèves pour leur avenir mais aussi celle des parents d'élèves qui osent ne pas venir aux réunions parents-professeurs. De plus, les professeurs sont obligés de carburer aux anti-dépresseurs pour continuer leur boulot. A cela s'ajoute les malheurs du personnage principal, qui tente d'aider une prostituée mineure de s'en sortir et d'assurer son rôle de professeur,ce qui donne en résumé un amoncellement de misère humaine dont on ne sait plus quoi faire. Tiens, je vais en faire la liste, un moyen comme un autre de prouver que trop, c'est trop.


La liste des malheurs et des misères que le film nous balance sans nous prévenir car on ne s'attendait pas à ce genre de film :

  • La mère du personnage s'est suicidée et le personnage a du mal à comprendre;
  • Le grand-père du même personnage est mourant;
  • Ce grand-père maternel, sur son lit de mort, regrette d'avoir fait une chose horrible : il a violé sa fille expliquant la cause de son suicide et émettant l'hypothèse que le professeur serait peut-être issu d'une relation incestueuse;
  • La prostituée que le personnage rencontre est mineure et se fait violenter pour faire ce qu'elle a à faire. Par ailleurs, elle aurait peut-être le sida;
  • Les professeurs se font insulter à tour de bras, sans raison et rien n'est fait pour changer les choses;
  • Consommation d'anti-dépresseurs;
  • Une élève, artiste dans l'âme, est incomprise par ses parents et est le souffre-douleur de sa classe, se voyant qualifier de quolibets saugrenus. Tout va mal, elle est le cliché de l'ado mal dans sa peau, rejetée et pourtant douée. Elle finira par se suicider en mangeant une gâteau empoisonné;
  • Une conseillère d'orientation qui fait face à l'indiférrence des élèves face à leur propre avenir;
  • Des parents qui ne viennent plus aux réunions;
  • Un autre professeur se sentant invisible tant à son travail que dans sa vie familiale.
  • Je mets en dernier une scène totalement inutile et pourtant parmi les plus cruelles du films, celle d'un adolescent aux tendances psychopathes massacrant un chat à coup de marteau.

Je tiens à préciser que la liste n'est pas exhaustive et que si le coeur vous en dit, vous pouvez laisser un commentaire pour la compléter.



Autant vous dire que si vous avez suffisament de problèmes, ne regardez pas ce film. D'autant plus que, lorsque je définissais le mot analyse,  j'omettais que celle-ci doit permettre une alternative, en confrontant les différents points de vue et permettant de trouver un compromis décent. Or, ici le tableau est tellement noir que la solution n'existe apparemment pas, d'où le terme "désespoir illusoire". American History X avait fonctionné, à mon sens, car il y avait une alternative, une porte de sortie qui indiquait que tout était possible même si le dénouement du film était tout aussi tragique. Celui-ci se terminant par un suicide, on y retrouve encore une fois Camus qui admettait que la seule question philosophique qui méritait d'être posée était celle du suicide. 

  Pour ce qui est du jeu d'acteur, c'est impeccable : Adrien Brody se complaît à jouer avec sa tête de chien battu qu'il avait dans Le Pianiste, même si le thème de ce dernier était plus enclin à ce style de jeu; James Caan est impressionnant, comme à chaque fois, car ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace.

La mise en scène, en revanche, est sublime mais étant de mauvaise foi et par contraste avec ce que j'ai dit précédemment, je ne m'attarderai pas sur la question.

  Je terminerai sûrement sur le fait que, Tony Kaye ayant voulu à tout prix calquer la philosophie de Camus, a oublié de traduire une idée de l'écrivain qui se résume à cette citation :
 
 
"Je suis pessimiste quant à la condition humaine mais optimiste quand à l'Homme''
 
 
Citation apprise durant l'année de mon bac de français, je n'en démords toujours pas

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