Critique de Orange Mécanique

orangemeca.jpg"Ca vous met en train pour une bonne petite fête d'ultra-violence."

 

Après 2001, l'Odyssée de l'Espace, sorti en 1968, Stanley Kubrick livre à nouveau un chef d'oeuvre visionnaire, mais également son oeuvre la plus controversée. Dérangeant, inquiétant, voire malsain, Orange Mécanique reste encore aujourd'hui un film intemporel à l'impact toujours très puissant sur son spectateur.

 

L'histoire est l'adaptation du roman d'Anthony Burgess du même nom, elle se déroule en trois actes, l'un où on découvre l'univers d'Alex et sa bande, leur  violence et les crimes qu'ils commettent; le deuxième où Alex se retrouve emprisonné et soumis aux expériences des psychanalystes visant à le rendre inoffensif, et un dernier où le personnage principal est confronté, impuissant, à la vengeance de ses anciennes victimes.

 

Ce qui frappe dès le premier visionnage du film, c'est le scénario formidablement habile, on assiste à un incroyable retournement de situation au niveau de notre rapport au personnage principal. Au début du film, Alex, magnifiquement interprété par Malcolm Mc Dowell, nous fait découvrir son monde remplit d' "ultraviolence", on éprouve rapidement un certain dégoût pour ce personnage détestable. Pourtant, lors de l'experience dont il est le cobaye, on éprouve beaucoup d'empathie pour lui, cette compassion grandit au fil de l'histoire, au point que, lorsque les victimes d'Alex se vengent, on ressent une véritable haine pour ses tortionnaires mais pas pour lui, qui nous apparait comme la véritable victime.

 

Kubrick fait au final un constat très pessimiste de l'Homme, aucun des protagonistes du film n'est réellement bon, et tous sont animés par des instincts de violence ou de vengeance. Le réalisateur nous montre un homme animé par ses pulsions et dont la société tente de le civiliser, mais ne peut en réalité le changer que par une violence encore plus forte. La société est présentée comme encore plus amorale que les délinquants qu'elle cherche à éliminer. Si Orange Mecanique a fait scandale à sa sortie et qu'il fut longuement interdit en salle en Angleterre, c'est notamment à cause de cette brutalité primaire qui anime tout les personnages.

 

orange-mecanique-1971-04-g-550a4-2.jpgLa violence, thême central du film, est souvent présentée comme une forme d'amusement, ou même d'art, par exemple lorsque Alex chante Singing In the Rain en frappant en rythme ses victimes, et c'est bien cela qui a choqué à l'époque. Aujourd'hui, l'ultraviolence de Orange Mécanique nous semble moins forte, le film à en effet un peu vieilli, cependant, la plupart des scènes gardent leur impact émotionel très fort, comme lorsque Alex et ses droogies pénétrent chez un écrivain et violent sa femme sous ses yeux. Ici, nous prenons le rôle de voyeur impuissant et Alex s'adresse directement au spectateur pour se moquer de nous. Kubrick nous manipule également en exagérant certaines scènes ou en y ajoutant quelques notes comiques, nous amenant donc à rire sur des passages qui sont en réalité d'une violence extrême.

 

Au delà de l'histoire d'Orange Mécanique, on se rappellera également longtemps de sa formibable mise en scène, démonstration magistrale des talents hors normes de Stanley Kubrick. L'esthétique pop et psychédélique du film en marquera plus d'un, autant que les costumes d'Alex et ses droogies, les cadrages qui ressemblent à des tableaux en mouvements, la musique qui s'accorde parfaitement aux images. Orange Mécanique est un chef d'oeuvre de réalisation, une perfection rarement atteinte dans le monde du cinéma.

 

La scène culte

Orange Mécanique enchaine les passages marquants et on pourrait en retenir beaucoup. L'un des moments les plus emblématique est lorsque Alex, soumis aux expériences des psychanalystes, est contraint de regarder des images de violences sans pouvoir y échapper. Il entend alors en fond sonore sa chanson préféré: la Neuvième Symphonie de Beethoven. Alex se met à hurler et proteste que "Ludwig Van" soit mêlé à cela.

On assiste à une représentation de l'expérience du chien de Pavlov dans cette scène: l'expérience consistait à faire sonner une clochette en même temps qu'on donnait à manger à un chien, qui se mettait alors à saliver; au bout de nombreuses répétitions du rituel, le chien salivait seulement au son de la cloche. Il est de même dans Orange Mécanique, où le personnage associe désormais la Symphonie n°9 à la violence, et la simple écoute de sa mélodie le rend malade.

La scène est particulière marquante car la barbarie de l'expérience prive Alex de sa musique, qui symbolise sa violence, mais également sa liberté.

 

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