Critique de Mulholland Drive

"No hay orchestra!"

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David Lynch s'est imposé dans le paysage cinématographique avec des films complexes, avec une ambiance mystérieuse et des personnages dérangeants, Mulholland Drive ne déroge pas à la régle, et se trouve être un des meilleurs films du réalisateur. Après Une Histoire Vraie, film doux et calme, très surprenant pour la filmographie de Lynch, on revient ici à un long-métrage dans la lignée de ceux qui ont fait le succès et l'originalité du réalisateur mais aussi sa controverse.

 

 Il est compliqué de résumer Mulholland Drive car sa structure narrative est complétement visionnaire. L'histoire est celle d'une jeune femme qui dit s'appeller Rita, victime d'un accident sur la route Mulholland Drive, elle devient amnésique et se réfugie chez l'actrice Betty Elms, récemment arrivée à Hollywood. Les deux femmes vont mener l'enquête pour découvrir l'identité de Rita, jusqu'à la demeure d'une prénommée Diane Selwyn, où elles aperçoivent un cadavre. Ces fortes émotions vont les rapprocher, au point qu'elles vont tomber amoureuses l'une de l'autre. Pendant ce temps, le réalisateur Adam Kesher se voit forcer de choisir une actrice qu'il ne souhaitait pas pour le rôle principal de son prochain film.

Vers la fin du film, on aperçoit une femme, rongée par le chagrin, qui semble ressembler à Betty mais elle se nomme en réalité Diane. Elle se rappelle de Rita qui est en réalité l'actrice reconnue Camilla. Diane, jalouse du succès de son ancienne amie et de sa liaison avec Adam Kesher, se rappelle avoir commandité son meurtre auprès d'un tueur à gages. Dans une crise d'hallucinations et de folie, Diane finit par se suicider.

 

L'explication du film est particulièrement dure à comprendre au premier visionnage, mais elle se dégage bien plus nettement au second. On comprend alors que presque tout le film n'était qu'un rêve de Diane, et que, durant les 45 dernières minutes, nous revenons à une douloureuse réalité. Le rêve est la parfaite antithèse de la réalité, tout est inversé: Diane, une actrice délaissée, abandonne son identité dans son songe, en se prénommant Betty, elle est, de plus, une actrice pleine de talent. Son histoire d'amour avec Camilla est l'assouvissement de ses fantasmes, alors qu'elle est très frustré dans la réalité. Le rôle que tient Adam Kesher dans son rêve est celui d'un petit réalisateur, soumis, une sorte de vengeance inconsciente de la part de Betty contre celui qui lui a enlevé Camilla.

 

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Cela dit, même si l'explication globale se dégage, de nombreux points restent toujours en suspens. Que signifie la mystérieuse boîte bleue? Pourquoi se retrouve-t-elle dans les mains d'un clochard sans rapport avec l'histoire? Que signifie le couple de vieux qui attaquent Betty dans son hallucination?

 

Mais Mulholland Drive est autant une oeuvre complexe et psychologique qu'une expérience visuelle et sonore fascinante. Si le premier visionnage peut être difficile du fait du scénario, on peut en revanche immédiatemment apprécier la formidable mise en scène de David Lynch. La bande son est bien caractéristique, parfois apaisante, souvent menaçante, les cadrages et les éclairages sont parfaits, des mouvements de caméra parfois complétement hypnotisants. Pour tout cela, le réalisateur reçu le prix de la mise en scène à Cannes en 2001. Les personnages sont aussi fantastiques, avec les excellentes interprétations de Naomi Watts et Laura Harring, ainsi que tout les personnages secondaires, parfaitement typique de lynch. Avec Mulholand Drive, le metteur en scène nous livre une nouvelle fois une oeuvre étrange, mais fascinante et hypnotique.

 

La scène culte

De nombreuses grandes scènes ponctuent le film, mais l'une des plus marquantes reste celle du théatre du Silencio. La scène s'ouvre sur un vertigineux travelling du parking jusqu'à l'entrée, dans un éclairage bleutée. Betty et Rita pénétrent dans le théatre, un homme fait  un discours et tient des propos étranges 'Il n'y a pas d'orchestre! Tout ceci n'est qu'une illusion!". Peu après, une femme vient chanter, puis elle s'écroule par terre tandis que son chant continue de résonner dans la salle aux rideaux rouges.

L'illusion dont parle l'homme au théatre est formidable car elle marche à différents degrés. On peut le prendre au premier degré et considérer que ce qui est présenté sur la scène est une illusion, mais ce moment peut être pris comme un message à Betty pour lui rappeller que tout ceci n'est qu'un rêve. Enfin on se demande également si l'homme ne parle pas simplement du film qui n'est, en effet, rien de réel et n'est qu'une illusion.

 

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