Critique d'Elephant Man

 Après avoir réalisé Eraserhead en 1976, où Lynch évoquait les angoisses de la paternité par un homme qui se perd dans sa folie et ses rêves, le réalisateur change de registre pour mettre en scène un drame basé sur la vie de Joseph Merrick : Elephant Man. L'oeuvre, sorti en 1980 a été nominée 8 fois aux Oscars sans jamais rapporter (hélas) une seule récompense. En France, en revanche, elle a reçu le César du meilleur film étranger en 1982.

 

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 Si le scénario d'Elephant Man est assez simple, l'histoire en elle-  même est magnifique. Comment peut-on ne pas éprouver de la  compassion pour cet homme, condamné à vive avec cette différence  qui est un fardeau quotidien ? De plus, les émotions sont  parfaitement dosées. Chose exceptionnelle, on ne tombe pas dans le  mélodramatique, performance assez complexe à réaliser avec cette histoire.

 

 David Lynch frappe un grand coup en imposant son style surréaliste.  Les deux scènes oniriques, celle du début et celle de fin nous le  démontrent. On est transportés par la scène finale où après le suicide  de Joseph Merrick, nous voyons sa mère nous parler depuis le paradis, dans un silence ennivrant. Le choix du noir et blanc renforce l'aspect historique et tragique du film tout en améliorant l'esthétisme qui atteint sa perfection. Les décors de l'époque victorienne anglaise sont très bien réproduits ainsi que les costumes.

 

En plus des émotions, le film est humainement exceptionnel. Cet homme, défiguré, est bien plus humain que tous les autres personnages du film tant sa gentillesse, son intelligence et sa raffinerie sont grandes. Sa sensibilité, à fleur de peau, nous émeut comme dans la scène où Joseph Merrick est invité chez le docteur Treves et qu'il fond en larmes devant sa femme, prétextant qu'il n'est pas habitué à la gentillesse des autres. En clair, cette oeuvre nous amène à répousser la superficialité déjà présente d'une société du XIXéme siècle et valorise la tolérance envers la différence et les autres en général. 


John Hurt signe ici l'interprétation de sa vie. Littéralement métamorphosé, méconnaissable, il joue un homme meurtri, poignant et émouvant. Il marche comme Joseph Merrick, parle comme lui, respire comme lui, et se laisse envahir par toute l'intensité de sa vie. Anthony Hopkins joue bien, comme à son habitude, et campe un médecin qui deviendra au fur et à mesure l'ami de John Merrick.

 

Malgré cela, des longueurs subsistent dans le film, notamment lorsqu'il est enlevé par le propriétaire du cirque et qu'il est à nouveau un monstre de foire mais cela reste anodin à côté de la splendeur de l'oeuvre.

 

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La scène culte : 

  De nombreuses scènes sont cultes dans ce chef-d'oeuvre du 7ème art : la plupart vous diront que c'est dans la gare, quand il hurle "Je ne suis pas un animal !", d'autres vous diront que c'est lorsqu'il récite le verset, montrant ainsi qu'il n'est pas un idiot congénital mais un être doué d'intelligence. Et bien moi, cela reste la scène finale, lorsque Joseph Merrick finit sa cathédrale avec une musique de Samuel Barber, "Adagio pour cordes", qu'il comprend qu'il est enfin heureux et qu'il peut mourir en paix. On voit alors la photo où un enfant dort couché ; il se met dans cette position et met fin à ses jours. On voit ensuite sa mère lui parler depuis la paradis lui disant que rien ne meurt jamais.

 


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